Impact sanitaire des éoliennes

Depuis la première édition des conférences bisannuelles « Wind Turbine Noise » (Berlin 2005), des centaines d’articles scientifiques ont été publiés sur les problèmes engendrés par le bruit des éoliennes. Ils s’accordent pour décrire le bruit éolien comme infiniment plus gênant que n’importe quelle autre source sonore de même puissance ( Pedersen 2009, Janssen et Vos 2011, Møller et Pedersen 2011), en raison de sa grande variabilité, de ses composantes basses fréquences, (Salt 2014) ses pics d’intensité (Cummings 2013, Thorne 2013), des vibrations qui lui sont associées (Teresa e Curto 2012), des tonalités, du caractère impulsionnel et de l’association psychologique qui en est faite avec l’intrusion d’une machine hors d’échelle et en mouvement dans le cadre de vie.
Les difficultés de prévision sont soulignées en raison des variations subites d’intensités, allant jusqu’à 20dBA (Thorne 2013) provoquées par les turbulences et les corrélations de phases générées par les interactions entre éoliennes. Les conditions météorologiques particulièrement pénalisantes en périodes nocturnes, (Møller Pedersen 2010) augmentent considérablement la propagation du bruit et plus spécifiquement des basses fréquences, qui sont décrites comme les plus irritantes.

Aucune de ces caractéristiques n’est prise en compte par la norme de référence :
(Pr NFS 31 114), ni par la législation qui, depuis l’arrêté du 26 aout 2011, a même supprimé tout contrôle des émergences spectrales pour les éoliennes et les dispense du respect du code de santé publique en les autorisant à porter le bruit ambiant à 35décibels (dBA) contre 30dBA pour le code de santé publique. Cette disposition étant particulièrement pénalisante dans les zones rurales où le bruit résiduel est faible.

Le rapport de mars 2008 de l’Afsset n’avait pas retenu les précautions que l’Académie de Médecine avait préconisées en mars 2006, à savoir, une distance minimum de 1500m entre éoliennes et maisons.
Pour autant, ce rapport de l’Afsset confessait en conclusion (p 93) que la plus totale ignorance était de règle dans les critères chargés de prendre en compte ces paramètres.
« En particulier le domaine de validité des critères d’émergence (en termes de niveaux et de dynamique des bruits) n’a pas été vraiment exploré, et la plus totale ignorance est de règle quant à l’existence d’effets de seuil, de validité spectrale, d’application aux bruits impulsionnels, de validité en fonction de la durée d’exposition, et de limitations diverses, ceci en dépit des souhaits déjà manifestés dans le passé par la commission Afnor S 30 J (bruits de l’environnement) ou plus récemment par le Conseil National du Bruit. » (p93)
Ce rapport ne nie d’ailleurs pas les nuisances excessives jusqu’à des distances de l’ordre du kilomètre, (p 52) alors même que ses calculs sont faits sur la base de 101dBA, selon une source Ademe, (p 69) qui correspond à une éolienne de 2MW en fonctionnement bridé.

La filière professionnelle multiplie les recherches afin de tenter de prévoir ces effets et d’y remédier.

Même les études les plus rassurantes, comme celle financée par l’association canadienne d’énergie éolienne (CANWEA) ou celle effectuée par celle-ci en partenariat avec l’association américaine (AWEA/CANWEA), reconnaissent la perturbation du sommeil et la moins bonne qualité de vie des riverains. Elles se contentent de nier la preuve scientifique d’une quelconque lésion de l’appareil auditif et de prétendre que les symptômes décrits ne seraient pas de « vrais symptômes » mais la conséquence psychosomatique d’une opposition aux énergies renouvelables.
La filière éolienne, ainsi que l’Ademe n’en citent d’ailleurs que les morceaux choisis, tels que la mention que les infrasons éoliens ont une puissance inférieure au seuil de l’audition.

Or, non seulement A.N.Salt a établi que le cerveau percevait ces infrasons bien en dessous de ce seuil (How does wind turbine noise affect people), mais c’est l’industrie éolienne elle-même (Pacific Hydro) qui vient de publier une étude (Cape Bridgewater Acoustic Study Report 21 janvier 2015) montrant que ces infrasons éoliens étaient bien ressentis par les riverains.

 Il est évident que les individus ne présentent pas tous la même vulnérabilité aux effets sanitaires des éoliennes. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) définit la santé comme
« Un état de complet bien être physique, mental et social » et pas seulement comme « une absence de maladie ou d’infirmité » (OMS 1986). Il ne semble pas responsable de déplacer la problématique sanitaire éolienne vers celle de la preuve insuffisante du lien direct entre un symptôme clinique et une composante du bruit des éoliennes.
Les effets sanitaires néfastes de la proximité d’éolienne en fonctionnement, quel qu’en soit le mécanisme, sont largement attestés, du moins sur les plus vulnérables des riverains, par les effets indirects de leurs troubles du sommeil et de leur moins bonne qualité de vie.

Selon le rapport de l’éminent épidémiologiste Carl V Phillips, « Il y a des preuves accablantes que les éoliennes causent de graves problèmes de santé chez les riverains, dans une proportion non négligeable et dont l’origine est généralement liée au stress.
La preuve de cette évidence réside dans des milliers de rapports. Il y a également quelques compilations systématiques. Les rapports ont établi la gravité des problèmes et leur causalité. En raison de l’abondance de cette littérature, il est facile d’observer l’exposition et son incidence sur les résultats.
Les partisans des éoliennes ont cherché à nier ces problèmes en compilant les dénégations de ce problème, y compris en affirmant que ces preuves ne comptabilisent pas des symptômes de réelles maladies… »

La Royal Society of Medicine vient de publier les « critères de diagnostic des effets néfastes des éoliennes» ( http://shr.sagepub.com/content/5/10/2054270414554048.full)
Vingt symptômes sont décrits, parmi lesquels acouphènes, vertiges, nausées, migraines, palpitations, angoisse, fatigue, troubles de l’équilibre et de la mémoire…
Cette publication propose des critères permettant de déceler l’origine éolienne selon quatre catégories de diagnostic : « possible, probable, présumé et confirmé ».
La catégorie « Confirmé » correspondant à moins d’une chance sur vingt d’un autre diagnostic possible. Un rayon de 10km est retenu.

Le journal des médecins de famille canadiens publiait récemment cette mise en garde :
« Les médecins de famille canadiens peuvent s’attendre à voir un nombre accru de patients ruraux qui se plaignent d’effets indésirables causés par des éoliennes industrielles (EI). Les personnes qui vivent ou travaillent à proximité des EI ont éprouvé des symptômes, y compris une moins bonne qualité de vie, de l’inconfort, du stress, des troubles du sommeil, des maux de tête, de l’anxiété, de la dépression et une dysfonction cognitive. »

Les faits :

La puissance acoustique d’une seule éolienne en fonctionnement est de 104décibels (dBA) minimum (Vestas V90 2MW).
L’Académie de Médecine préconisait qu’une étude épidémiologique soit menée.
Non seulement les plaintes innombrables trouvent peu d’écho médiatique, mais celles-ci ne font souvent même pas l’objet d’une réponse des autorités sanitaires, comme c’est le cas pour les 189 noms transmis à l’agence régionale de santé de Bretagne le 28 juin 2011 par l’association « C du Vent ».

Lorsque l’enquête est décidée, le résultat peut être édifiant comme dans le rapport de la Ddass du 6 mars 2007 à Ally, qui constate que La quasi-totalité des personnes rencontrées s’est plaint du bruit en extérieur. Nombreux sont ceux qui regrettent de ne plus pouvoir vaquer à leurs occupations extérieures en toute sérénité (jardinage, travaux des champs, promenades..,) lorsque le niveau de bruit est trop important.
Dans 9 foyers (sur 21 enquêtes), les nuisances sonores à l’intérieur du logement ont été dénoncées….
La suite du rapport fait même état de troubles chez les animaux.

On serait en droit d’imaginer que des mesures efficaces auraient alors été prises.
Pourtant, sept ans plus tard, après des années de procédures devant les administrations, une plainte pour impact important sur la santé vient d’être déposée par une habitante de cette même commune d’Ally. Les propriétaires des parcelles concernées par les éoliennes s’étant vu notifier une assignation devant le TGI de Lille.

Et pour avoir une idée du véritable supplice imposé aux riverains, citons les attendus du Jugement 11/04549 1° chambre section A de la Cour d’Appel de Montpellier.
qui rapporte les auditions devant huissier de personnes résidant plus loin des éoliennes que le plaignant, lui-même en étant éloigné de plus d’1 km.

« Que 18 des 26 personnes interrogées qui déclarent subir un préjudice (lequel à raison de l’éloignement plus grand est nécessairement moindre que celui des demandeurs comme déjà indiqué) ont parlé de bruits permanents consistant en ronronnement et sifflements, audibles même à l’intérieur de leur maison et obligeant à hausser le son de leur télévision voire à construire une véranda et à fermer les volets, la fermeture des volets constituant également une protection contre le crépitement des flashs toutes les deux secondes et qui sont permanents de jour comme de nuit

(………..) En deuxième lieu un préjudice auditif dû au ronflement et sifflement …obligeant à une protection élémentaire contre le bruit et créant un trouble sanitaire reconnu par l’Académie nationale de médecine…..

En troisième lieu et surtout un préjudice d’atteinte à la vue dû au clignotement des flashs blancs et rouges toutes les deux secondes de jour et de nuit créant une tension nerveuse ….même en admettant, comme soutenu en défense qu’il soit situé à 3.3km du château cause, à ce titre un préjudice supérieur à celui de Boubers du fait de sa localisation en face du château et non sur son aile

Attendu que cet ensemble de nuisance de caractère inhabituel permanent et rapidement insupportable crée un préjudice dépassant les inconvénients normaux de voisinage, constituant une violation du droit de propriété….. »

 Le rôle particulier des basses fréquences, infrasons et vibrations doit être examiné pour mieux comprendre les symptômes comme les distances considérables parfois évoquées.
Ce rôle a fait l’objet d’un article spécifique. http://lemontchampot.blogspot.fr/2014/12/approche-epidemiologique-des-tres.html

Le 17 juin dernier, le rapport du ministère de la santé finlandais, demandait, pour les éoliennes, l’application d’une distance d’éloignement minimum de 2 km avec les maisons en concluant « Les acteurs du développement de l’énergie éolienne devraient comprendre qu’aucun objectif économique ou politique ne doit prévaloir sur le bien-être et la santé des individus ».
Cette conception l’honore.

 

Jean-Pierre Riou

Le vent tourne