Éolienne et Santés

Aperçu de l’ampleur du problème, des facteurs aggravants du bruit éolien, de la place de la filière professionnelle dans les études de dangers et de l’évolution de la législation française en regard de la protection sanitaire.

L’impact sanitaire des éoliennes sur les riverains n’est pas une hypothèse de travail mais est établi par les faits. Le calvaire que subissent certains est attesté par de nombreux témoignages, notamment sur le site de Mme la Sénatrice H.Lipietz.

Les 189 noms, transmis par la seule association « C du Vent » aux autorités sanitaires et au préfet de Bretagne le 18 juin 2011, parmi lesquels 174 se plaignent d’être gênés par le bruit, évoquent l’ampleur du problème.

Le nier relève d’une attitude irresponsable.

En octobre 2012, H. Møller et C.S.Pedersen, éminents spécialistes reconnus par leurs pairs, affirmaient que la législation danoise, pourtant parmi les plus contraignantes, entrainait un trouble anormal de voisinage pour 22% de la population urbaine et 44% de la population rurale.

Le Ministre de l’environnement, Ida Auken, qui n’en avouait que la moitié (11% et 22%), officialisait cependant une gêne inadmissible.

La vulnérabilité à cette agression est inégale selon les individus.

Toutes les études scientifiques établissent des différences de sensibilité à l’exposition au bruit, selon les individus, de l’ordre de 10dBA pour les mêmes symptômes (ANSES 2013) et même 11dBA (Miedema et Vos 1999).

La pression sociale, liée aux sommes en jeu, participe à l’occultation du problème, les victimes n’osant souvent même pas se déclarer. Le lien entre des infrasons éoliens, que l’on n’entend pas, et les symptômes de nausées, vertiges, acouphènes et migraines qui leur sont liés n’est souvent pas conscient.

En France, le bruit éolien est déjà autorisé, en valeur brute, à dépasser le seuil imposé par le code de santé publique de 30dBA, grâce à la dérogation de l’art 26 de l’arrêté du 26 aout 2011 qui porte ce seuil à 35dBA pour les éoliennes.

Mais surtout, de nombreux paramètres expliquent le caractère particulièrement nocif du bruit éolien.

Ces paramètres sont :

1° La composante basse fréquence importante de son bruit, son caractère impulsionnel et le faible bruit résiduel des lieux d’implantation.

La directive 2002/49/CE demande, en effet, une prise en compte de ce facteur aggravant dans son annexe 1, pour protéger, entre autres, les zones calmes du bruit industriel (dans lequel les éoliennes ne sont malheureusement pas mentionnées).

Møller et Pedersen (Low-frequency noise from large wind turbines) confirment que le spectre le plus puissant du bruit éolien se situe à moins de 250 Hz.

De nombreuses études reconnues par la communauté scientifique ( peer reviewed ) comme celles de Janssen et Vos, (sept 2011) ou de Pedersen (juin 2009) indiquent clairement l’ impact des éoliennes sur les riverains supérieur à celui de la plupart des autres sources sonores, à dose égale de bruit.

Cet impact est expliqué par le caractère incontrôlable, quasi permanent, nocturne et la combinaison avec l’intrusion visuelle quotidienne des éoliennes qui renforcent la perception négative, fondamentale dans ce domaine.

Cet aspect agressif du bruit éolien n’avait pas échappé à l’AFSSET, dans son rapport de 2008, qui fait état, dans l’analyse de la relation « dose réponse »

( p82), d’une plus grande gêne, à dose égale, pour une source provenant d’éoliennes que d’autres industries. (étude de Miedema et Vos)

Cette perception négative est accentuée par l’impossibilité de fuir, accrue par la baisse incontestable de la valeur immobilière, démontrée par l’étude de S.Gibbons pour L.S.E, sur plus d’un million d’habitations, pendant 12 ans.

La notion de « dose réponse » tient compte de la permanence de l’exposition au bruit, caractéristique des éoliennes. Elle se mesure par les index Lden ou plus spécifiquement Lnight pour les périodes nocturnes. Le « groupe de travail européen sur la santé et ses aspects économiques » définit cet index comme le la moyenne d’exposition nocturne de 8 heures à l’extérieur de la façade la plus exposée.( The definition of Lnight is the long-term LAeq over 8 hours outside at the most exposed facade. 3.1 p.6)
Des différences peuvent exister d’une éolienne à l’autre d’un même modèle (Møller et Pedersen), sans que cette différence soit prévue avec une marge d’erreur suffisante.  D’autre part, avec le temps, une éolienne devient généralement plus bruyante, sans qu’un organisme indépendant ne soit prévu pour la contrôler.
La seule augmentation de 3dBA correspond à la nécessité d’ une augmentation de la distance de 41%.

Reprenant ces prescriptions de la Directive européenne, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a identifié les seuils correspondant aux différents impacts sanitaires.

Dans « Nightnoise guidelines for Europe », elle indique, p108, la valeur de 30dBA, en extérieur, comme la « dose minimale sans effet observé. »

A partir de 30dBA de nombreux effets comme une agitation pendant le sommeil, des réveils nocturnes et une perturbation du sommeil sont observés.

Une légère augmentation des mouvements du corps pendant le sommeil étant cependant déjà relevée (p109) en dessous de ce seuil de 30dBA.

Il est inutile de rappeler le rapport entre la santé et la qualité du sommeil, dont la privation est liée à l’apparition de quantité de symptômes et peut même aboutir à la mort, dans le supplice de la goutte d’eau, qui tombe sur le front de la victime attachée.

Décrivant les nombreux effets du bruit sur la santé, dans son rapport 2013, l’ANSES remarque p140 que « les valeurs seuils retenues pour ces effets sanitaires correspondent préférentiellement aux seuils préconisés par l’OMS, lorsque ces données sont disponibles. Il faut tout de même noter que ces seuils se rapportent à des niveaux sonores très faibles et sont, de fait, souvent

jugés d’application irréaliste dans la pratique de la gestion des risques ».

L’Académie Nationale de Médecine en mars 2006 préconisait une distance de précaution de 1500m.

L’AFSSET, chargée de se prononcer sur le bien fondé de cette mesure, constate à juste titre des situations différentes selon les conditions météorologiques et selon le relief. Elle préfère étudier la situation au cas par cas, considérant que « Les avantages de la mise en œuvre d’une telle mesure (1500m) d’application simple doivent être mis en balance avec le frein au développement qu’elle constitue »(p15 et p91)

Elle n’en déplore pas moins les insuffisances des études acoustiques en ces termes, (p93) « En particulier le domaine de validité des critères d’émergence (en termes de niveaux et de dynamique des bruits) n’a pas été vraiment exploré, et la plus totale ignorance est de règle quant à l’existence d’effets de seuil, de validité spectrale, d’application aux bruits impulsionnels, de validité en fonction de la durée d’exposition, et de limitations diverses, ceci en dépit des souhaits déjà manifestés dans le passé par la commission Afnor S 30 J (bruits de l’environnement) ou plus récemment par le Conseil National du Bruit..»

Signalons que l’Afsset, reprenant une source Ademe, mesure l’impact sonore éolien avec une puissance acoustique de 101dBA (p69) par éolienne, alors que la moins bruyante des éoliennes de 2MW fait 104dBA, soit, en acoustique, le doublement de la source (+3dBA). 

Les lois de l’acoustique lui feront délivrer encore 39dBA à une distance de 500m (et 33dBA à 1km)

Moller et Pedersen ont même relevé 35dBA jusqu’à 1200m d’une seule éolienne (tableau 1 p9. Low-frequency noise from large wind turbines)

Les études acoustiques prédictives parviennent sans difficulté à légaliser cette intrusion sonore grâce à la législation qui autorise, en France, à doubler le bruit de fond nocturne (+3dBA) et même +5dBA le jour, rendant particulièrement sensible la validité de études de ce bruit de fond, ou bruit résiduel.

Le rapport parlementaire de mars 2010 fait état du manque de documentation du rapport AFSSET, qui l’a empêché de se forger sa propre opinion scientifique fondée sur une analyse indépendante. Il relève au contraire un encadrement des travaux et des sources par l’ADEME et le Syndicat des Energies Renouvelables !

Cette absence d’argumentation scientifique est particulièrement évidente dans le domaine de la potentielle nocivité des infrasons éoliens, décrits depuis 1985 par Kelley pour l’US department of Energy abondamment repris par la littérature scientifique depuis et utilisé parmi l’arsenal d’armes non létales par l’armée.

La conclusion, p.85 sur la nocivité potentielle de ces infrasons est « désarmante » « A l’heure actuelle, il n’a été montré aucun impact sanitaire des infrasons sur l’homme, même à des niveaux d’exposition élevés. »

(c.f. plus bas le rapport de l’état-major de planification de l’armée en Suisse.)

Après l’examen détaillé des troubles éventuels, l’absence de la moindre source scientifique de nombres d’affirmations, supposées les écarter, pour les éoliennes, et tirées ab nihilo, ne manquent pas de surprendre.

Citons, p 13, « En pratique, il est difficile de percevoir le bruit d’une éolienne pour des distances supérieures à 500m » ou, concernant les basses fréquences et infrasons, p.85 « Les niveaux acceptables (dans l’habitat) sont approximativement les limites d’audition ».

C’est pourtant ce rapport de l’AFSSET qui a évincé les préconisations de l’Académie Nationale de Médecine de 1500m minimum des habitations.

Le rapport parlementaire, évoquant « le stress, les nausées, les vertiges, les insomnies, l’irascibilité et des états dépressifs » des riverains d’éoliennes, témoignés dans la presse, relève que  « dans ces conditions, il n’est pas étonnant que des riverains se déclarent désemparés ».

Leur désarroi est d’autant plus grand que ceux qui osent en parler n’attirent généralement que des moqueries ou l’odieux sobriquet de « Nimby » (Not in my backyard), savamment relayé par certains médias.

Tous ces éléments mettent en valeur le rapport du Ministère de la santé finlandais qui considère que « Les acteurs du développement de l’énergie éolienne devraient comprendre qu’aucun objectif économique ou politique ne doit prévaloir sur le bien être et la santé des individus« , dans la conclusion du rapport dans lequel il vient de demander, ce 17 juin, l’application d’une distance minimum de 2 km.
Enfin, les travaux actuels de l’ANSES sur l’impact sanitaires des basses fréquences et infrasons éoliens, complètement occulté par la législation actuelle, risquent de suggérer des distances de précaution infiniment plus grandes, l’atténuation géométrique de ces basses fréquences étant bien moindre.

Les symptômes décrits par les riverains évoquent, en effet, curieusement, ceux dont a souffert l’équipe du fameux docteur Gavreau qui étaient dus à un ventilateur à cadence lente émettant à une fréquence de 7 Hz (génératrice d’ondes cérébrales α), situé dans une usine voisine. La suite de ses travaux a été reprise par le ministère de la défense et est restée en grande partie secrète.

M.Alves Pereira et N.Castelo Branco spécialistes reconnus de la maladie vibro acoustique (V.A.D) ont attribué l’origine de cette maladie, dont souffrait un fermier et ses 11 chevaux lusitaniens, aux infrasons des éoliennes voisines.

La démonstration fut assez rigoureuse pour inciter la Cour Suprême portugaise à ordonner l’arrêt des machines .

L’ « Acoustical Society of America » (ASA) a publié un dossier accablant sur les infrasons éolien en hiver 2014, « How Does Wind Turbine Noise Affect People? » rédigé pour le « Department of Otolaryngology Washington University School of Medicine » par le Professeur Alec N. Salt et son assistant Jeffery T. Lichtenhan.

Après une description de tous les troubles irréversibles potentiels liés aux infrasons éoliens, ses auteurs condamnent vigoureusement le rôle joué par les acousticiens et les groupes professionnels liés à l’industrie éolienne. (p27)

Ils s’interrogent sur le nombre important de ceux-ci présents dans les commissions sur le bruit. Ils stigmatisent l’absence de documentation scientifique de leur argumentaire visant à nier l’impact sanitaire. Ils contestent l’idée répandue que le bruit des éoliennes serait de moins en moins nocif, alors que la réalité est inverse.

On sait, bien sûr, contrairement à ce que certains veulent faire croire que le fait de ne pas entendre les infrasons n’a rien à voir avec leur innocuité.

S’il était encore besoin de s’en convaincre, la page 731 du rapport sur les armes non létales établi par deux « collaborateurs scientifiques à l’état-major de planification de l’armée en Suisse. » et figurant sur le très officiel site du Ministère des affaires étrangères, attestera que ces infrasons sont utilisés pour le maintien de l’ordre en provoquant des nausées. (Identiques à celles décrites par les riverains d’éoliennes.).

Au Danemark, depuis 2011, (décembre) la bande infrasons/basses fréquences 10/160Hz est enfin limitée à 20dBA (soirée nuit) et 25dBA (jour) pour les éoliennes.

En France, depuis 2011 (aout) tout contrôle des basses fréquences a disparu pour les éoliennes (malgré l’impératif du code de santé publique), ainsi que le seuil de 30dBA de ce même code et la distance de 500m est inscrite dans la règlementation. Pour mémoire, dans le chapitre traitant des troubles chroniques du sommeil, le rapport AFSSET signale, p80, que le nombre des plaintes augmente nettement à partir de 32.5dBA.

Ce rapport a-t-il été au moins relu avant que la limite ne soit portée à 35dBA ?

Ces mesures sont indignes des engagements des articles 37 et 42 des lois dites « Grenelle » relatifs à la protection sanitaire et violent le principe constitutionnel de précaution, dont les récents amendements n’ont rien enlevé de la force.